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Le jardin endormi

Le jardin endormi

Un jardin dort dans mon lit. Lorsque le sommeil l'a prise dans ses bras, j'ai dérobé ma main, 
Bordé ses rêves,
Regardé un miel disparaître derrière ses paupières,
Prié pour deux jambes miraculeuses.
Je me suis penché sur les battements de son cœur,
J'ai vu du blé sur marbre et sommeil.
Une goutte de mon sang a pleuré,
J'ai tressailli...
Un jardin dort dans mon lit.

Je me suis dirigé vers la porte
Sans me retourner vers mon âme toujours endormie.
J'ai entendu le tintement ancien de ses pas et les cloches de mon cœur.
Je me suis dirigé vers la porte.
--- La clé est dans son sac à main
Et elle dort comme un ange après l'amour---
Nuit sur pluie dans la rue et aucun bruit,
Sinon les battements de son cœur et la pluie.

Je me suis dirigé vers la porte.
Elle s'ouvre.
Je sors.
Elle se referme.
Mon ombre se glisse derrière moi.
Pourquoi dis-je adieu ?
Je suis désormais étranger aux souvenirs et à ma maison.
J'ai descendu les escaliers.
Pas un bruit,
Sinon les battements de son cœur, la pluie
Et mes pas sur les marches qui vont
De ses mains à une envie de voyage.

J'ai atteint l'arbre.
Ici, elle m'embrassa.
Ici, me frappèrent des éclairs d'argent et d'œillets.
Ici, commençait son univers.
Ici, il s'achevait.
Je me suis arrêté quelques instants faits de lys et d'hiver,
J'ai marché,
Hésité,
Puis marché.
J'ai emporté mes pas et ma mémoire salée.
J'ai marché en ma compagnie.

Ni adieu ni arbre.
Les désirs se sont endormis derrière les fenêtres,
Les histoires d'amour se sont endormies,
Et toutes les trahisons, derrière les fenêtres,
Et les agents de la sécurité, aussi.

Mahmoud Darwich, La terre nous est étroite, et autres poèmes (1966-1999), traduit par Elias Sanbar ; Gallimard, 2000.- ISBN 978-2-07-041124-5

Photo : FB

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