De l’inaction suractive de nos gouvernants...
Par Philippe Tancelin
Malgré une information qui, si elle ne franchit pas la douane des grands médias, se répand cependant sur les réseaux alternatifs, égrène quotidiennement le nombre de victimes, tant à Gaza qu’en Cisjordanie occupée et au Liban...
Malgré les prises de position et dénonciations d’importants organismes internationaux face au lent mais certain massacre des peuples…
Malgré une opinion publique mondiale de plus en plus lucide sur le devenir menacé des palestiniens, des libanais et la justesse de leur cause….
Malgré l’omniprésence de manifestations de protestation et d’émotion devant la poursuite du crime de l’occupant, le déploiement incessant de la colonisation de la Cisjordanie, avec les terribles destructions humaines, matérielles qu’elle implique…
RIEN, RIEN, RIEN ne semble arrêter le processus infernal d’éradication de la culture, de l'histoire, de l’identité de peuples.
Devant cet état de fait dont on souligne régulièrement combien il déshonore l’humanité, meurtrit profondément l’idée d’une solidarité internationale contre les forces obscures, importe-t-il encore d’évoquer des motifs et intérêts religieux, idéologiques, économiques, politiques régionaux et les rapports de force qu’ils suscitent afin d’expliquer la volonté sans faille de la majorité des gouvernants du monde, d’adopter une posture de non intervention, voire d’encouragement à la perpétuation de l’infamie ?
Lorsque les puissants méprisent l’éthique, le droit, la dignité, le respect de la personne humaine ; lorsque l’iniquité domine, gouverne les peuples, quel recours peut-on espérer, devant quelle justice et pour quelle efficience, sinon celle d’un principe que l’on veut pérenne ?
…Faute de devenir, les morts n’ont que la mémoire des survivants pour en appeler à une justice immanente….
La décision de la part d’une majorité de gouvernants de ne rien faire, de laisser se poursuivre le massacre sans mot dire, est le fruit de leur pragmatisme politique, une opération assumée de légitimation du crime sur la longue durée de leur propre silence.
A la différence d’autres conflits, leur choix délibéré de ne pas intervenir, ne vise pas à banaliser l’horreur, en faire une norme qui serait propre à la sauvagerie de toute guerre entre les hommes.
Il est ici question de neutraliser, voire d’invalider, au titre de son niveau de vigilance et de son caractère subversif, l’état de conscience des foules mobilisées contre le crime. Les puissants de ce monde craignent le libre arbitre des consciences et les résistances qu’il implique pour sa défense.
La sensibilité des esprits à la cause palestinienne, à son devenir, résonne de toute l’histoire du peuple palestinien pour sa libération. La finalité de cette cause transcende l’humanitaire, le politique, le partisanisme, elle témoigne du déploiement de sens dans le temps des hommes.
Face au crime contre l’humanité dont sont victimes les peuples palestinien et libanais, l’inaction des gouvernants est active.
Par l’effacement jusqu’à l’absence de perspective politique, elle cherche à provoquer contre la solidarité avec ces peuples, un déclin d’espoir en un proche futur de justice.
Par un non interventionnisme affirmé, elle est même suractive. Elle tente de frapper de nullité les mobilisations ; elle pousse les esprits isolés à chercher en eux-mêmes, hors du collectif, un quelconque apaisement et faute d’issue, à oser une conscience tranquille.
Les conséquences de l’apparent laisser faire, prononcent l'entière responsabilité des gouvernants, leur collaboration directe et indirecte au martyr des peuples concernés.
A l’heure de la comptabilisation quotidienne des assassinats, des tortures de prisonniers, de l’énumération des privations d’eau, de nourritures, des entraves aux secours d’urgence sanitaire, nous sommes mis en demeure de relayer les témoignages les plus discrets comme les plus éloquents de celles et ceux qui sur le terrain, en survivant à chaque instant, défient l’écriture faussaire d’une destinée.
Le combat physique, spirituel, historique pour ne pas se résigner sous le fardeau du passé enduré, du présent infligé et du futur oblitéré, constitue la colonne vertébrale de notre humanité.
Devant celles et ceux qui poursuivent cette lutte pour la vie, nous avons la charge d’une intense présence à eux ; une présence de témoin infaillible dans la transmission de leur souffrance autant que de leur joie, de leur affliction de déplacés autant que de leur espoir d’un retour, de leur peine en chemin autant que de leur espérance en une libération.
Pareille présence est aussi la chance de recouvrer la dignité d’une parole d’engagement véritable.
…Mieux qu’une éclaircie dans le ciel ténébral
Mieux qu’un tracé d’écriture derrière les mots fantômes
Mieux qu’une main d’aube sur les yeux barbelés
Mieux qu’une porte d’enfance devant la terre perdue
Mieux qu’une incandescence entre les fugues de mémoire...
…Ce murmure de l’indomptable pénétrant l’échine humaine.
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Philippe Tancelin
Poète philosophe
15 août 2026
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Illustration : "Guerra y geopolítica" par Ana Romero Kreder, 2015
Creative Commons Attribution-Share Alike 4.0 International licence
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