Trois poèmes de Gaza
Par Taqwa Ahmed Alwawi
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Illustration : portrait de Taqwa Ahmed Al-Wawi, par un ami (anonyme)
Relevé sur We are not numbers
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Ce que recèlent les ténèbres
Par Taqwa Ahmed Alwawi
Ô longue nuit,
N’étions-nous pas amies autrefois ?
Non… nous étions plus que des amies.
Tu étais un refuge.
Tu étais faite pour le silence,
Pour une respiration apaisée…
Pas pour ce poids qui pèse sur ma poitrine.
Le jour, mes pensées se dispersent dans le bruit,
Mais quand tu arrives,
Les murs se mettent à murmurer.
Je te redoute désormais, nuit.
Non pas à cause de tes ténèbres,
Mais à cause de ce que recèlent tes ténèbres
Ceux que j’ai perdus se tiennent silencieusement dans les coins —
Ils me regardent
J’entends le rire d’un ami assassiné.
Je lance un nom, mais... ce n’était qu’une faible brise
Qui passait à travers les rideaux.
Chaque souvenir a son bruit de pas.
Chaque absence a son écho.
Le sommeil s’échappe quand je tends la main vers lui,
Me laissant compter les ombres qui passent sur le mur
En guise de rêves.
L’insomnie m’est pourtant familiière.
Elle est assise à mes côtés comme une vieille ennemie,
Ou comme une vieille amie.
J’ai envie de pleurer,
Mais mes yeux refusent –
Tout en moi sanglote,
Mais mes yeux restent secs.
J’attends la lumière du jour
Comme un prisonnier attend une fissure dans le mur.
Ô nuit —
Si jamais nous avons été amis,
Souviens-toi de moi.
Un jour, je le crois,
Tu seras à nouveau bienveillante, nuit.
Tu adouciras ta voix.
Tu ne feras plus vibrer les fenêtres au creux de ma poitrine.
Tu ne seras plus
La nuit des fantômes,
Ni celle des bombardements,
Des drones,
Des cris de douleur et de chagrin.
Ô sommeil,
Reviens vers moi.
Que la nuit soit silencieuse.
Que mes fantômes trouvent la paix.
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Mon cœur se tourne toujours vers toi
Par Taqwa Ahmed Alwawi
Je me perds dans les photos de toi
et le feu du souvenir brûle au creux de ma poitrine.
Nos rires jaillissent du papier
et des pixels.
La chaleur de ton regard,
le temps d’une seconde frémissante,
fait naître un sourire sur mes lèvres
avant que mon cœur ne se brise
quand me revient que je me tiens debout
sur les ruines de ce que nous formions.
Je te vois respirer là,
toujours vivant au cœur de ces instants figés.
Je veux entrer dans la photo
et te prendre la main.
Mais je suis toujours là.
Debout à l’endroit même
où la nouvelle de ton martyre,
jaillie de la bouche de quelqu’un,
a fait s’effondrer le sol sous mes pieds.
Je ne parviens pas à surmonter ta mort.
Je construis une vie autour de cette blessure.
Je me recouds lentement
autour d’un vide que je ne peux combler.
Et pourtant…
Mon cœur se tourne toujours vers toi
Je te vois partout
dans la rue, au marché,
dans mes rêves,
mais tu es parti
et mon chagrin ne s’efface pas.
Je nourris l’espoir inébranlable
que nous nous reverrons
dans les jardins les plus élevés du Paradis,
là où la guerre n’existe pas,
là où aucun adieu n’est nécessaire,
et là où nous ne serons plus jamais
séparés l’un de l’autre.
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L'Esprit infini
Par Taqwa Ahmed Alwawi
La nuit tombe.
Ma lampe reste allumée.
Des particules de poussière volent dans son cône de lumière
tandis que mes pensées tournent en rond dans la pièce.
Une porte qui ne se referme jamais tout à fait.
Derrière elle :
un regard que tu m’avais lancé autrefois,
l’inspiration que tu avais prise
avant de décider de ne pas parler.
Une phrase datant d’il y a des années
revient sans crier gare,
comme l’eau qui, sortant du sol,
noierait mes chaussures.
Chaque détail prend de l’ampleur :
le frottement d’une chaise,
l’inspiration prise avant les adieux,
la façon dont un nom est répété
ou évité.
Je fais les cent pas seule dans cette pièce,
le bout de mes doigts effleurent le mur,
mémorisant chaque trace, chaque écho.
J’aspire au sommeil,
mais il n’y a que ce flot ininterrompu
de pensées, vague après vague,
dans la nuit infinie.
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Taqwa Ahmed Alwawi est une écrivaine, poète et éditrice palestinienne installée à Gaza, née en 2006. Elle étudie la langue et la littérature anglaises à l’Université islamique de Gaza. Chroniqueuse assidue et gardienne de la mémoire de son peuple, elle fait entendre la voix de Gaza, mettant au jour des histoires souvent négligées ou réduites au silence. Son travail a été présenté sur plus de 30 plateformes internationales de premier plan et dans des publications prestigieuses.
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Relevé sur ArabLit
Poetry / Taqwa Ahmed Alwawi
Three Poems from Gaza, June 18, 2026
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Traductions : JCP
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