Musabeh Nour Al Huda
Prix d’Excellence
Ce recueil est celui d’une âme née à Gaza, qui a vécu tout et son contraire, qui y vit encore et y écrit toujours.
Lumière et ombre, amour et haine, faim et satiété, espoir et désespoir, possession et perte, vie et mort.
Mais malgré tout, cette âme aime la terre où elle est née. Depuis ma naissance sur cette terre, mon amour a toujours été différent, parce que j’en connais la valeur.
Ce n’est un pays comme aucun autre. Elle est arrosée du sang de ses héros et forte à cause de la douleur.
Depuis le début du génocide, je n’aurais jamais cru pouvoir l’aimer à ce point, au point de pleurer d’émotion en la voyant s’éloigner.
Nous y sommes enracinés comme des oliviers.
Je ne pense pas que quoi que ce soit puisse me blesser autant que Gaza m’a blessée.
Gaza est mon premier amour et ma première et dernière douleur.
***
J’ai une maison
Elle s’appelle Gaza
Et j’ai une mission
Dire ma confession
Gaza est ma maison
Mais jamais ma possession
As-tu déjà essayé de vivre dans l’illusion
As-tu déjà perdu ta passion
Et tout le monde te regarde avec compassion
Sans comprendre cette contradiction
Gaza est ma maison
Mais aussi une blessure profonde
Gaza est pleine de contradictions
C’était une maison
Et elle est devenue une prison
J’ai une mission
Porter cette confession
J’aime Gaza, même dans la destruction
Même enfermée dans cette prison
Mais j’ai une vision
Plus forte que la peur et l’abandon
Un jour, malgré chaque explosion
Gaza redeviendra ma maison
***
Une promesse
Cette fois, le déplacement ne nous arracherait plus à notre maison. Puis vint
l’ordre d’évacuer. Rester. Les visages. La peur. La première explosion.
Puis le premier cri. Et avec lui, toutes nos certitudes se sont effondrées.
Je n’ai jamais oublié cet instant. Nous avons compris qu’il fallait partir, qu’il
n’existait aucune autre chance de survivre. Alors nous avons fui.
La fumée. La poussière. Les pleurs. La mort.
Notre promesse a cédé au premier missile, au premier cri. Elle s’est brisée
comme nos cœurs.
***
Le bruit de la mort.
La mer. Les hautes vagues. Ma tête s’est heurtée comme les vagues se brisent. Je me suis réveillée ailleurs. L’hôpital. Des gens criaient autour de moi.
Des battements de coeur. Des cris. Le bruit de la mort.
***
Évasion de la réalité
Dans l’unité de mon âme
Parce que mon cœur est fatigué
Je cherche dans ce pays
La liberté
Mais je ne trouve que la captivité
Je cherche l’éternité
Et je ne trouve que la mortalité
Où est la liberté
Où est l’éternité
Je continue pourtant à les chercher.
***
Aujourd’hui
Je me regarde dans le miroir
Je ne me connais plus
Mon visage est pâle
Mon corps est sale
La vie est brutale
Je me sens très mal
La faim m’a envahie
Je crie
Affaiblie
Anéantie
Finie
J’entends le bruit
Dans mon estomac
Aucun fruit
Sur cette terre
Pour mon appui
La faim me détruit
Je ne suis plus moi
Aujourd’hui
***
J’ai trouvé une rose
Si belle dans sa pause
Dans un jardin clos
L’arroser
J’aurais voulu
Mais la cueillir
J’ai osé
J’ai fait une pause
Comment ai-je osé
Me suis-je demandé
Et mon esprit était
Sur le point d’exploser
Comment ai-je osé
Cette rose
Comme ma cause
***
La douleur est dans mes veines, dans ma tête, dans mon cœur, dans chaque partie de mon corps. Elle ne part jamais. Elle grandit. Elle devient plus profonde.
Je suis ici, dans la rue, allongée, sans maison, sans couverture, sans électricité. Seulement la lumière de la lune et la douleu
***
Bonjour le monde
Bonjour la vie
Entendez-vous nos larmes, nos cris
Les larmes de la peur
Les cris de la douleur
Et alors
Bonjour le monde
Bonjour la vie
Entendez-vous notre souffrance, notre résistance
On est là, dans un point sur la carte.
On est là, un coin pour le départ
La Terre où poussent les oliviers
La terre où les gens tombent comme des papiers
Et alors
Bonjour le monde
Bonjour la vie
Un autre jour ici
Même douleur
Même peur
Et alors ?
***
J’ai oublié comment j’étais avant.
J’ai perdu la mémoire.
Quand je regarde mes souvenirs, je ne sais plus qui je suis, ni pourquoi je suis
devenue comme ça.
La dernière chose que j’ai entendue : le fracas.
J’ai vu le trépas.
Maintenant, je suis dans le combat.
Je ne sais plus qui je suis.
Cette nuit, je n’ai que le bruit, et lui comme seul appui.
***
Vous pouvez en apprendre davantage sur mon histoire en consultant l’article que j’ai écrit. Voici le lien pour le découvrir : « Aidez-moi à quitter Gaza » : le désespoir d’une jeune femme qui tenait une boutique de prêt-à-porter
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