Ashraf Samir E
Prix d’Excellence
Comment vivre ?
La ville s'est éteinte
Comme une étoile égarée sur le chemin
du crépuscule.
Les ruelles ont trébuché parmi les décombres,
et les fenêtres se sont ouvertes
sur des fragments de chair.
Le soleil se lève sur
un corps de ruines.
Les lampadaires qui veillaient
sur les rires ont été étouffés par la poudre.
Et le vent qui traversait les histoires
glisse désormais sur des noms
mutilés au bord des chemins.
Même l'écho,
qui revenait chargé de chants,
est devenu un poignard
qui perce la gorge des distances.
Alors j'ai interrogé les horizons :
comment ont-ils pu devenir assez larges
pour contenir tant de cris ?
Et j'ai interrogé les significations :
comment ont-ils laissé
la lame des ombres s’aiguiser sur leur silence
et comment leur fourreau
a-t-il pu pu dissimuler tant de ravages ?
Dans cette ville qui a perdu ses ombres
et qui écrit son nom avec une encre
de feu et de cendres,
la nuit s'endort
sur des pas épuisés par leurs propres questions,
et sur un espoir brisé
qui ne trouve plus son chemin.
L'aube se réveille
sur des cercueils debout,
et sur un salut
plus lourd que les funérailles.
Et nous courons avec l'absence
pour ne pas devenir
un poème oublié.
Nous fuyons le salut
pour ne pas devenir
un enterrement vivant.
Comment vivre
quand la lune est pendue
et que l'obscurité nous assassine ?
Et comment vivre
quand le sens lui-même
perd sa faculté de parler ?
*
La chronique des ruines
Dans la ville où les bombes se sont tues,
l'absence se déguise en présence,
et l'immobilité porte le masque de la parole.
Les décombres deviennent les archives des réponses d'hier.
Chaque pierre conserve une empreinte,
chaque éclat d'obus porte un groupe sanguin.
Car les ruines ne sont pas des débris ;
elles sont des fragments de vies,
des éclats de rires,
un dîner interrompu,
et des prières suspendues.
Et la poussière n'est pas de la poussière ;
elle est la cendre d'un rêve,
les restes de souhaits adressés à demain,
un lendemain qui espérait l'aurore
et qui s'est changé en poussière.
Ici, le matin respire
à travers les impacts des balles,
et les survivants oscillent
entre un jour aveugle
et une nuit sans délivrance.
Mais qui s’interrogera sur les causes ?
Qui entendra les cris ?
Qui lira ces archives,
si le silence est le seul refuge
contre les réponses ?
Dans la ville où les bombes se sont tues,
la mort revêt un costume élégant
et poursuit son travail sans bruit.
Car les vivants sont trop lourds de douleur
pour crier,
et les morts sont trop loin
pour prendre la parole.
Présentation
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