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La Porte du Soleil

La Porte du Soleil

Yousry NASRALLAH - Réalisation

2004 – France ; Égypte ; Maroc ; Syrie – Arabe – VOST – 278 minutes

Au commencement était la Palestine, et commençait l’histoire de Younès, dit Abou Salem, dit l’Homme, dit le père d’Ibrahim, combattant les Anglais à 16 ans, depuis toujours combattant, mais retranché au Liban, et clandestin dans son propre pays ; commençait aussi l’histoire de Nahila sa femme mariée à lui à 12 ans, qui allaitera leur premier-né lors des marches épuisantes des villageois en route pour le Nord, fuyant leurs maisons incendiées, Nahila qu’il retrouvait dans la grotte de Bab El Chams, en Galilée ; il lui parlait de Saladin et de Nasser, Nahila le croyait, tout Bab El Chams résonnait de ses exploits héroïques, et après chaque rencontre nocturne naissait un enfant que Nahila élevait seule. Celle aussi du père de Younès, Cheik Ibrahim, le vieil aveugle qui connaissait la place du soleil en respirant les arbres le long des chemins de l’exil. Et encore l’histoire du docteur Khalil, abandonné par sa mère dans le désordre des camps, et qui recueillera à Beyrouth Younès dans le coma, le berçant de l’histoire tragique de son peuple ; et c‘est encore celle de Chams que Khalil aimait, et qui fut exécutée par ses compagnons d’armes. L’histoire du peuple palestinien, bousculé des camps de Galilée aux camps du Liban, cinquante ans d’histoire faite de souffrance, d’espoir et d’amour.

Une superbe évocation de l'histoire palestinienne, adaptée du roman d'Elias Khoury. Avec un premier épisode lyrique, autour de l'histoire d'amour brûlante entre un résistant exilé au Liban et sa femme qui refuse de quitter la Galilée.
Hiver 1994, camp de Chatila, Beyrouth. Younès, vieux combattant de la cause palestinienne, est victime d'une rupture d'anévrisme et sombre dans le coma. À l'hôpital, c'est le docteur Khalil qui le soigne. Il le veille jour et nuit et, afin de le maintenir en vie, il retrace pour lui l'histoire de la Palestine... Dès 1943, Younès, âgé de 12 ans, combat les Anglais, puis les juifs, et finalement les Israéliens. Séparé de sa femme Nahila et de ses enfants, Younès organise au Liban la résistance du peuple palestinien. Nahila choisit de rester avec les parents de son mari, en Galilée. Les époux se retrouvent clandestinement dans la grotte de Bab El-Chams ("la porte du soleil"). Une histoire d'amour que ni les hommes ni l'histoire ne pourront défaire...
Les femmes aux avant-postes
Loin des fresques hollywoodiennes convenues, La porte du soleil a l'intelligence d'éviter les séquences allégoriques ou toute forme de propagande masquée. Car ce qui intéresse le réalisateur Yousry Nasrallah et l'écrivain Elias Khoury, c'est le quotidien, "immédiat" pour ainsi dire, d'un peuple qui n'est pas sans cesse en lutte armée. D'où ces beaux moments inattendus d'euphorie collective (la scène des vêtements jetés en l'air) ou de sensualité débordante (les retrouvailles entre Younès et Nahila dans la grotte). D'où le rôle prédominant des femmes, qui renvoient une image foncièrement matriarcale de la société palestinienne. Quant à Younès, il apparaît moins comme un personnage auquel on peut aisément s'identifier que comme la figure tutélaire de la résistance palestinienne. Constamment sur le théâtre des opérations (le hors-champ du film), il ne passe que peu de temps auprès de son épouse. Du coup, la vraie protagoniste de ce premier épisode est indiscutablement Nahila, sensuelle, incarnant l'insoumission aux Israéliens. Avec cette tragédie romanesque d'un peuple contraint à l'exode perpétuel, Yousry Nasrallah offre aux Palestiniens un récit de leur histoire trop longtemps tue.
A la sortie de la Porte du soleil, il se murmurait que le cinéaste égyptien Yousry Nasrallah venait de donner au peuple palestinien le grand film historique et identitaire qui lui manquait. Il faudrait sans doute être soi-même palestinien pour se prononcer définitivement sur ce point. Ce qu'on peut affirmer, c'est que Nasrallah a livré un grand film, qu'il n'a pas cabré devant la démesure de l'obstacle, qu'il a embrassé cinquante ans d'histoire contemporaine avec un entêtement magnifique et que, malgré ses 4 h 38, l'épopée ne laisse jamais faiblir sa brûlure aiguë.
Une terre, un couple.
Guerre ! Guerre ! Guerre ! Malgré son titre édénique, la Porte du soleil est un furieux enfer de destruction, de sang, de fureur et d'amour. Etendu de 1943 à nos jours, le récit conjugue l'histoire d'une terre, la Palestine, et celle d'un couple, Younes et Nahila. Leur union, leurs désunions, leurs enfants, leurs petits-enfants vont former les balises d'une histoire intime et générale qui verra la fin de l'occupation anglaise en Palestine, les débuts du sionisme, l'occupation de la Galilée, la guerre du Liban... Le film (comme le roman d'Elias Khoury dont il est tiré) n'oubliant aucune étape historique importante jusqu'aux accords d'Oslo.
Rappelons cette évidence : le point de vue est palestinien, puisque les héros le sont. Mais précisons que le message n'est jamais antisioniste ou anti-israélien. Après une dure exposition des méfaits attestés chez les vainqueurs, Nasrallah insiste avec une fermeté identique sur les irresponsabilités et les traîtrises avérées du camp vaincu. Du point de vue religieux aussi, la Porte du soleil reste athée. A Beyrouth notamment, où le film installe ses quartiers dans sa seconde partie, on mesure la sèche équidistance dans laquelle le cinéaste maintient les trois religions en présence, juive, musulmane et chrétienne. L'amour est la seule religion qui vaille aux yeux de Nasrallah, qui donne au film sa respiration humaine et où se cache son plus beau secret.
Pour le cinéaste, la Porte du soleil est certainement une charnière dans sa trajectoire artiste. Le réalisateur de Mercedes et des Histoires de garçons, de filles et de voile y trouve l'occasion de cultiver de front les deux registres qu'il avait alternés jusqu'ici : le document et la fiction, dont il irrigue conjointement son vaste projet. L'âpreté du motif n'empêche pas Nasrallah de libérer parfois un cinéma de fortes visions (comme celle des milices une nuit d'été à Beyrouth, entre Caravage et Fassbinder), même si elles sont trop rares.
Gages
Est-il possible de rapporter l'expérience de la Porte du soleil à un cinéma de la conscience historique et de la fresque identitaire ? Certainement. Mais de cette «conscience», Nasrallah n'oublie pas de secouer l'inconscient. Et de la «fresque», il retient aussi la technique picturale : l'exécution fraîche, rapide et enlevée par son propre mouvement. Ainsi, la reconstitution historique donne à la fois ses gages consistants (foules, clameurs, tableaux épiques et nitroglycérinés), tout en gardant une définition plastique d'un esprit studio : Nasrallah, en ce sens fidèle héritier de Chahine, connaît bien le cinéma et ses musiques... Même si son chant, d'un lyrisme mesuré, est finalement désespérant : au seuil final de la Porte du soleil, on ne voit pas comment empêcher que l'affrontement israélo-palestinien ne devienne une autre guerre de Cent Ans. On aimerait pouvoir répondre : grâce au cinéma ?

Bande annonce :

Distribution France :
Pyramide Films
32 rue de l'Echiquier
75010 Paris
Tel : +33.1.42.96.02.20
http://inter.pyramidefilms.com/pyramidefilms-international-catalogue/door-to-the-sun-the.html

Lire le livre La Porte du soleil d'Elias KHOURY, d'où est tiré le film.

Scénario de Yousry Nasrallah, Elias Khoury et Mohamed Soueid, d'après le roman "La porte du soleil" d'Elias Khoury
Image : Samir Bahsan
Ingénieurs du son : Jérôme Ayasse, Guillaume Le Braz
Décors : Adel El-Maghrabi
Costumes : Nahed Nasrallah
Musique : Marcel Khalife, Tamer Karawan
Montage : Luc Barnier
Montage son : Francis Wargnier
Mixage son : Dominique Hennequin
Production : Humbert Balsan pour OGNON PICTURES
Co-production : Marianne Khoury & Gabriel Khoury
Co-production Company : MISR Films International, ARTE France, Soread 2M, Gimages Films
Visa : 105.084
Distribution : Rim Turki (Nahila), Orwa Nyrabeya (Younès), Hiam Abbass (Om-Younès), Bassel Khayyat (Khalil), Nadira Omran (Om-Hassan), Hala Omran (Chams), Mohtasseb Aref (Cheik Ibrahim), Hanan El-Haj-Aly (Zeinab), Fady Abou-Samra (D. Amgad), Béatrice Dalle...
Sélections :
2004 :
Cannes - Official Sélection - hors compétition
Locarno Film Fest
Montreal Film Fest
Vancouver Film Fest
New York Film Fest
Washington Film Fest
London Film Fest
Torino Film Fest
Marrakech Film Fest
2005 :
Las Palmas FF
Natfilmfest (DK)
Philadelphia FF
Chicago Arab FF
Trek FF in Roma
Jerusalem FF
Melbourne FF
SF Arab FF

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Histoire Fiction
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